Les sites
Connaissez-vous le patrimoine archéologique des Yvelines et des Hauts-de-Seine ? De nombreux sites ont été mis au jour à la suite des démarches d’inventaire archéologique, de fouille programmée ou d'opération préventive. La plupart d'entre eux, détaillés ici, ont fait l'objet d'une étude approfondie.
Les sites répertoriés dans les deux Départements et mentionnés ci-dessous sont classés par ordre alphabétique des communes.
Aigremont (78)
Les massifs forestiers des Yvelines protègent encore quelques témoignages d’installations militaires datant de la Première Guerre mondiale. Un "Centre de résistance" a ainsi été retrouvé dans la forêt de Tailles d’Herbelay, à Aigremont.
Origines
À l’époque, l’ouest parisien, bien qu'éloigné des menaces allemandes, est une zone à surveiller car l'accès à la capitale y est possible à partir de la Seine. Les mémoires restent marquées par les attaques successives du XIXe s., et notamment l’échec de la guerre de 1870. C’est pourquoi dès 1913, un plan pour sa défense est conçu afin de bloquer ou limiter toute avancée ennemie jusqu’à 30 km autour de la ville. Ce nouveau dispositif vient s’ajouter à d’autres installations militaires, qui ont été implantées à chaque nouveau conflit depuis le début du XIXe s. : l’ensemble forme ce qu’on appelle le "Camp retranché de Paris" (CRP).
Les ouvrages sont nombreux et auront mobilisé des milliers de civils, soldats, agents forestiers, et fins connaisseurs du territoire. Pourtant, la plupart seront démontés dès 1916, où les armes et munitions iront servir le front de l’Est. Quelques constructions se sont conservées dans des zones subissant peu de pression d’aménagement : tel est le cas du "Centre de résistance".
Le Centre de résistance d’Aigremont
Situé aux Tailles d’Herbelay, au bord d'un plateau, cet élément défensif permettait de surveiller, dès 1914, l’avancée ennemie dans le secteur sud de la boucle de Seine (et surtout la traversée du pont de Poissy). Il était également équipé pour le tir et pour abriter une garnison et servait enfin à ravitailler trois batteries de canons, situées à proximité (au nord-ouest). Le centre fonctionnait en paire avec un autre centre situé 600 m à l’ouest.
Un talus protège la zone nord de l’installation, plus susceptible de subir les attaques. Il est peu marqué aujourd’hui mais devait atteindre environ 2,5 m de hauteur. Contre ce talus s’appuient des postes de tir adaptés aux mitrailleuses et aux fusils, certains possèdent un parapet en béton, indispensable contre les glissements de terrain.
Les soldats circulent entre les postes de tir à l’aide d’une tranchée à redans ("à baïonnette" ou à créneaux) qui rejoint aussi les deux entrées du bâtiment, au sud, caché sous une butte de terre (l'abri bétonné).
Le bâtiment en béton forme un couloir de plus de 50 m de long, muni d’aérations sur sa façade sud. Chaque extrémité comprend une entrée qui a été rebouchée par mesure de sécurité et de protection, dans l’attente d’un programme de recherche archéologique. Au sommet, dépassent du talus trois conduits de cheminées servant à l’évacuation des fumées des poêles à bois et/ou des cuisinières.
C’est dans cet abri que dorment les soldats, probablement sur une plate-forme en bois continue sur la longueur. Certains abris possèdent aussi des cloisons de séparation pour les gradés. Quelque fois, une niche dans le mur pouvait être aménagée pour déposer le paquetage individuel.
Aux quatre angles, des bornes en béton, numérotées de I à IV, permettaient de délimiter le bâtiment, probablement pour les manœuvres (la n° IV a disparu). Le long de la façade sud, un large fossé en eau est encore visible (profond d’environ 1 m selon la saison) ; il pouvait servir de citerne d’appoint à la garnison, mais son étude reste à réaliser.
Un important réseau de fils de fer (certains barbelés) était installé tout autour de ce centre de résistance et sur des portions du terrain alentours. Il a été récupéré avant la fin de la guerre, notamment par les agriculteurs, mais quelques tiges et attaches peuvent avoir été abandonnées.
Un vestige redécouvert en 2013…
Comment a-t-on repéré ces vestiges ? En 1996, le Service archéologique des Yvelines (SADY), lors d’une campagne d’inventaire du patrimoine enfoui, a utilisé la méthode de la photographie aérienne. Des zones sombres se alors sont révélées sur les vues de zones cultivées : elles correspondent à d’anciens creusements, véritable réservoir d’humidité. En s’appuyant sur cette approche, d’autres prospections réalisées en 2008 ont mis en évidence la conservation de tranchées à redans dans les cultures, bien visibles à Villepreux par exemple.
Et depuis une dizaine d’années, les relevés topographiques aériens se précisent à l’aide d’un scanner laser, appelé Lidar. Celui-ci enregistre les micro reliefs du sol jusqu’à environ 15 cm. Après traitement, ces points sont transformés en images d’où ressortent les contrastes : en plus clair les reliefs, et en plus sombre, les creusements. Avec cette méthode, les constructions masquées par la végétation ou les vestiges de grande dimension deviennent perceptibles.
C’est ainsi que l’Office National des Forêts et la DRAC Île-de-France ont effectué le relevé Lidar des massifs forestiers de la région. Ces prospections, mises à la disposition des chercheurs, ont permis d’enrichir l’inventaire des vestiges du Camp retranché de Paris.
La découverte du vestige
En 2013, à l’occasion du Centenaire du plan de défense, l’Office National des Forêts a lancé des campagnes d’inventaire de toutes les installations militaires qui formaient le « Camp retranché de Paris ». Un partenariat a été noué entre les archéologues de l’ONF et ceux du Service archéologique départemental des Yvelines (SADY) pour prospecter les lieux suivants : les massifs yvelinois de Port-Royal, Versailles, Bois-d’Arcy, St. Germain, l’Hautil, les Flambertins et Marly-le-Roi.
Durant l’automne 2015, des expéditions pédestres ont été organisées dans les zones à fort potentiel. Malgré la végétation, la majorité des structures recherchées ont ainsi pu être localisé, relevées au GPS et photographiées : des tranchées, des abris, des batteries d’artillerie, des centres de résistance... globalement dans un bon état de conservation.
Le centre de résistance d'Aigremont est situé en bordure d'un chemin. Il est régulièrement entretenu par des agents en charge des Espaces Naturels Sensibles du Département. Des panneaux informatifs, installés sur le site, vous permettent d’en comprendre l’organisation générale. Les connaissances en sont toutefois limitées, en l'absence d'études poussées. C’est pourquoi un programme de recherche archéologique est en cours d’élaboration.
Antony (92)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineUn diagnostic archéologique, réalisé fin 2017, a permis de mettre au jour une partie du cimetière paroissial associé à l'église. Une vingtaine d'individus ont pu être étudiés à cette occasion.
En 2016, un premier sondage
En janvier 2016, en vue d’un projet d’assainissement, la ville d’Antony commande un sondage géotechnique, qui sera supervisé par un architecte du patrimoine. Ce sondage révèle une tombe maçonnée contre l’église Saint-Saturnin.
La sépulture est aménagée avec trois rangs de blocs calcaires, liés au mortier gris-rose. Le squelette est un adulte sur le dos (en décubitus dorsal), la tête reposant à l’ouest dans une logette céphalique (aménagement interne qui encadre le crâne et les épaules) et les mains placées sur l’abdomen.
L’architecture funéraire soignée, caractéristique des Xe-XIIe s., et la localisation de la sépulture sub stillicidio (sous les gouttières) pourraient marquer le statut privilégié de l’individu.
Un autre crâne, déplacé, a également été observé dans la coupe du sondage. Il témoigne d’un plus grand nombre d’inhumations, comme on pourrait s’y attendre autour d’une église aux origines médiévales.
En 2017, un diagnostic révèle des sépultures médiévales
En décembre 2017, trois tranchées ont été effectuées afin d’évaluer l’extension occidentale du cimetière et l’état de conservation des sépultures. Depuis l’abandon du cimetière paroissial, après 1820 selon les sources archivistiques, la place-parvis avait été maintes fois perturbée par des travaux d’aménagement, depuis la deuxième moitié du XIXe s. jusque dans les années 90 (canalisation, réseau électrique…).
Ainsi, sous des couches de remblais modernes et contemporains, les sondages ont révélé quinze sépultures, orientées la tête vers l’ouest. Elles contenaient des squelettes ou des ossements épars d’adultes et d’immatures (nourrissons, enfants et adolescents), la plupart incomplets en raison des perturbations du sous-sol. En tout, se côtoient 6 sujets immatures et 21 adultes de sexe féminin et masculin.
Trois architectures funéraires ont été observées : des inhumations en pleine terre, simples fosses oblongues où le défunt est placé sur le dos, et un sarcophage trapézoïdal en plâtre blanc et en pierre de meulière. Un deuxième sarcophage maçonné, en blocs de calcaire liés avec un mortier gris-rose, conservait le squelette du sujet découvert en 2016.
Selon l’approche taphonomique, c’est-à-dire, analyse des phénomènes de décomposition des restes organiques après leur enfouissement), la décomposition des corps s’est effectuée en espace colmaté pour les fosses en pleine terre (les individus inhumés n’avaient donc pas de cercueil) et en espace vide avec colmatage différé pour les sarcophages.
Par ailleurs, une plus grande densité de sépulture a été observée dans la tranchée située au sud-ouest de l’église, où de nombreux recoupements sont apparus. Ces inhumations ad sancto (au plus près du lieu saint, de l’église) seraient vraisemblablement un secteur privilégié pour les individus les plus jeunes.
Quelques pathologies osseuses (arthrose, malformation congénitale) et dentaires (carries) ont été observées, renseignant sur l’état sanitaire de cette population médiévale.
Un cimetière antérieur au XVe siècle
La datation de ces vestiges reste relative car aucun objet caractéristique n’était associé à un sujet inhumé permettant de caler chronologiquement ou culturellement les sépultures. Cependant, la majorité des tessons de céramique contenus dans les terres de comblement des inhumations a pu être datée de deux grandes périodes : XIe-XIIIe et XIVe siècles.
Les sépultures sont donc toutes antérieures à la reconstruction de la nef de l’église, mentionnée dans les textes à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. Les inhumations les plus proches mises au jour ayant ainsi été recoupées par le mur pignon ouest accueillant le portail de l’église.
Ce cimetière paroissial concorde chronologiquement avec d’autres tombes mises au jour, en 1991, près de l’Institution Sainte-Marie. La coexistence de deux pôles d’inhumation spatialement très proche pourrait induire une extension de l’espace funéraire, ce que laisserait entendre le toponyme de Grand cymetière apparaissant sur des plans du XVIIe s. pour la parcelle de l’Institution.
La Boissière-Ecole (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeinePlusieurs ateliers de potiers, qui se sont succédé entre le Ier et le IIIe siècle, ont pu être fouillés dans les années 90. Ils témoignent d'un artisanat local d'importance et donnent un aperçu de la production d'une vaisselle, qui était utilisée au quotidien par les Gallo-Romains. Ce site a permis de grandes avancées sur la perception des productions artisanales de l'époque gallo-romaine dans la région.
Dès 1977, des membres d'une association locale (CRARM basée à Epône) et un archéologue du Service archéologique des Yvelines avaient identifié la présence d’un site antique au lieu-dit Les Noués. De nombreux tessons de poteries avaient en effet été retrouvés à la surface d'un champs, par les labours.
Dans les années 85, des prospections au sol, aériennes et électriques, ont permis de préciser la nature des vestiges et leur intérêt.
Un chantier de fouilles de 3 ans
Devant l'excellente conservation du site, le service archéologique des Yvelines a obtenu une autorisation de l'État pour porter un Programme de recherche, entre 1989 et 1991. Il s'agissait alors de la première fouille intégrale d'un centre de production de céramiques d’époque gallo-romaine, avec toutes ses composantes (du travail de l'argile, jusqu'à la cuisson, en passant par l'habitat de l'artisan).
L'étude portait sur trois ateliers distincts, actifs dans une période assez resserrée, des années 220 à 260 après J.-C. Ces ateliers produisirent une grande variété de céramiques communes, qui furent vendues jusqu'à Ablis. Mais l'activité potière avait en réalité commencé sur le site des Noués dès le Ier siècle.
La fouille a été suivie de lavage et de recollage des céramiques : cet important travail a permis l’analyse des pâtes (composition, origine) et des formes céramiques et de comparer ces vestiges avec d’autres productions de la même époque. Au total, sept tonnes de tessons ont été étudiées, donnant une riche collection de formes caractéristiques du IIIe siècle après J.-C.
Une cuisson expérimentale
Les archéologues ont pu, en parallèle, émettre des hypothèses sur les fours gallo-romains et les modes de cuisson. L'étude a finalement abouti, en 1992, à la mise en place d'un protocole d'expérimentation de cuisson, en utilisant l'un des quatre fours antiques découverts sur le site.
Pour ce projet un peu fou, un potier professionnel, M. Pierre Bayle, et une trentaine d’archéologues professionnels et bénévoles ont été mobilisés. Ce sont 340 pots qui ont été tournés sur le modèle des formes archéologiques, puis disposés et cuits dans le four restauré pour l’occasion. Pendant la cuisson, des sondes relevaient la température en différents emplacements de la chambre de chauffe. Après 13h de cuisson, le temps de refroidissement s'est étalé sur plusieurs jours avant de pouvoir sortir les vases. Le défournement des céramiques a été conduit comme une fouille, la position de chaque pièce étant relevée afin de croiser les informations concernant les températures avec le résultat de la cuisson. Bien que les pots aient bien cuits de manière globale, le résultat ne correspondait pas aux objectifs en raison de la couleur de surface obtenue. Les archéologues cherchaient à atteindre une teinte sombre, noire, comme les vases produits sur le site antique, mais le résultat était plus proche du brun, voire même de l'orange...
Ce travail de comparaison entre les données de fouille et la reconstitution a fourni des résultats très riches et à plusieurs publications sur le sujet : des articles dans des revues spécialisées et un ouvrage collectif du service, "Fabriquer de la vaisselle à l’époque romaine" (B. Dufay), qui est toujours en vente.
La médiatisation du site
Outre cette publication scientifique, le grand public a pu accéder aux résultats, en premier lieu durant l'expérimentation de cuisson, par des visites et des portes ouvertes.
Toute l'expérimentation a fait l'objet d'un film VHS "Mémoire de feu, mémoire de terre" et, à l'issue de l'étude, une exposition scénographique a été proposée au public "Trésors de terre, céramiques gallo-romaines en Île-de-France" donnant lieu à un catalogue d'exposition. Cette exposition a reçu un tel succès qu'elle a été adaptée pour l'itinérance et a circulé en France jusqu'en décembre 2010.
Aujourd'hui, il existe une maquette restituant un des ateliers de potier du IIIe siècle, qui sert d'outil pédagogique itinérant, accompagnée d'un dossier détaillé, qui peut être emprunté.
Chevreuse (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineCe monument remarquable, par son état de conservation et la richesse des objets découverts lors des différentes opérations archéologiques menées, témoigne de l’histoire féodale de l’ouest francilien et des liens entre seigneurs locaux et pouvoir royal.
Bâti il y a près de 800 ans, le château de la Madeleine est situé dans la vallée de Chevreuse et surplombe l’Yvette. Inscrit à l’Inventaire des Monuments historiques en 1948, il est acheté par le département des Yvelines en 1981.
Afin de le conserver et rénover ce lieu remarquable, d’importants travaux de restauration sont engagés à partir de 1985. Depuis 1989, la haute cour du château abrite la Maison du Parc Naturel Régional de la Haute-vallée de Chevreuse, intégrée subtilement à la muraille.
Les différentes campagnes de sondages et de fouilles archéologiques, réalisées à partir de 1979 par le Service archéologique départemental des Yvelines (SADY), ont mis au jour de nombreux vestiges et contribué, notamment, à une nouvelle datation du donjon.
Des premiers aménagements en bois… à la forteresse urbaine
L’histoire de la seigneurie de Chevreuse commence en 1024 avec la mention, dans une lettre, d’un premier seigneur portant ce nom, Milon Ier de Chevreuse. Et ce n’est qu’en 1064 que le village de Cavrosa est officiellement cité comme seigneurie. Pourtant, le terme de château n’apparait dans les archives qu’au tout début du XIIe siècle…
Des sondages archéologiques, réalisés dans la cour du château et le donjon, ont révélé un large et profond fossé, protégé d’un talus surmonté d’une palissade en bois, confirmant la présence d’un système défensif dès le XIe siècle. Ce premier aménagement dédié à la surveillance et à la défense de la vallée, axe de communication est-ouest important, devait probablement être associé à une construction en bois, telle une tour de guet, mais qui n’a laissé aucune trace archéologique.
Au fond de ce large fossé ont été retrouvés des fragments de céramiques datées entre 1160 et 1180. Le donjon étant édifié sur ce fossé comblé, il est donc nécessairement postérieur, bien que son architecture soit assez archaïque. Sa construction a pu être initiée par Gui II de Chevreuse, seigneur à la fin du XIIe siècle.
A partir de cette période, le château se compose de trois bâtiments principaux en pierre meulière : une chapelle dédiée à Sainte Madeleine, une aula (grande salle servant aux réceptions du seigneur qui sera détruite au XVe s.) et le donjon. L‘ensemble, haute et basse-cour du château, est probablement alors protégé par une enceinte en pierre.
Au XIIIe siècle, les puissants seigneurs de Chevreuse, qui font partie de l’entourage royal, fortifient encore le château. Le tracé de la muraille est modifié et des tours circulaires sont intégrées au nord. La basse-cour est alors séparée de la haute cour par une douve en eau. Le châtelet d’entrée, deux tours reliées par un porche, serait probablement aussi de la même époque.
Dans la haute cour, des cuisines sont accolées à la muraille sud et dotées de caves servant de cellier, toujours visibles aujourd’hui (sous la Maison du Parc).
Lors des fouilles, une matrice de sceau servant à signer des documents officiels a été retrouvée. Elle appartenait à un intendant du château au XIIIe siècle. Découverte dans un puits, elle y a probablement été jetée volontairement à la mort de l’intendant afin de ne plus être utilisée ensuite.
Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, le château prend de l’ampleur et devient une véritable forteresse. Pierre de Chevreuse, conseiller du roi, reprend notamment les travaux : il étend l’ensemble fortifié jusqu’à la ville, en contrebas, grâce à une muraille qui s’appuie sur les murs d’enceinte du château.
Des équipements banaux sont alors mis à la disposition des habitants en échange de taxes versées au seigneur (four, pressoir et moulin).
Au château, un habillage extérieur en pierre vient épaissir les murs d’enceinte, particulièrement au sud, et les tours nord sont élargies. Les nouveaux aménagements de confort (les latrines et cheminées par exemple) et le nombre important d’objets découverts témoignent d’un château bien habité et qui connaît une activité importante à cette période.
Le mobilier retrouvé, conservé à Montigny-le-Bretonneux, illustre la vie quotidienne au sein d’un château fort, progressivement transformé en résidence. Un des plus importants ensembles de céramiques du second Moyen Âge en Île-de-France a en particulier été recueilli, et nous renseigne sur les pratiques culinaires médiévales. De nombreux récipients en verre ont également été découverts, dont certains de forme très élégante, tels que des verres à tige, soulignent la venue du seigneur et de sa cour au château, lors de réceptions. Enfin, des éperons, étrier, fer à cheval et un rarissime pommeau de selle nous informent sur l’équipement des cavaliers présents à cette époque.
En réalité, le château n’est pas souvent un lieu de combats ; il est principalement un symbole du pouvoir du seigneur et le lieu de vie d’une garnison. Ses habitants ont donc besoin de passer le temps et se distraire, comme en témoignent la guimbarde et le dé à jouer retrouvés lors des fouilles.
Au milieu du XVe siècle, le château est à nouveau renforcé par Nicolas de Chevreuse ; l’enceinte est adaptée pour accueillir un canon (une archère canonnière est percée au sud) et trois tours carrées, pourvues de mâchicoulis sur arcs, y sont ajoutées. Le donjon est remanié en raison de l’effondrement de sa partie sud ; il est amputé de deux travées et des contreforts imposants viennent soutenir les angles du nouveau mur pignon.
En pleine guerre de Cent ans, entre les Armagnacs, défendant le modèle français, et les Bourguignons, défendant le modèle anglais, le château est attaqué par les Anglais et occupé pendant 20 ans, puis récupéré par l’armée royale en 1438. Des carreaux d’arbalète, des pointes de flèche et des boulets de canon découverts dans la cour du château illustrent ces combats.
Une lente agonie
Abîmé par ces attaques, peu habité et peu entretenu (de rares d’objets ont été découverts pour cette période), le château est mentionné en « grant ruyne et désolation » en 1489. Il perd alors son aspect défensif pour se transformer en résidence temporaire.
Il passe de seigneurs en barons et favorits du roi qui n’effectuent pas de grandes rénovations à l’exception de modestes travaux aux XVIe et XVIIe siècles, tels que l’ouverture des baies dans le donjon.
En 1693, le duché est vendu aux Dames de Saint-Cyr, une congrégation religieuse puissante qui possède des propriétés entre Saint-Cyr et Chevreuse. Le dernier étage du donjon, en partie effondré, n’est pas reconstruit et le toit à 4 pans est remplacé par un toit à deux pentes. Après un deuxième effondrement du pignon sud du donjon, le mur est reconstruit au même endroit, consolidé par trois contreforts, que l'on voit aujourd'hui. Le donjon sert alors de grange pour stocker les provisions ; des ouvertures sont faites au rez-de-chaussée.
Au cours des siècles suivants, le château est petit à petit abandonné ou délaissé par les propriétaires successifs. Devant l’ampleur des efforts à engager, aucuns travaux d’envergure ne sont effectués jusqu’à son rachat par le département des Yvelines.
Les campagnes de fouilles archéologiques
Dès son achat, le château a fait l’objet de plusieurs campagnes de sondages et de fouilles, réalisées par différents archéologues des Yvelines entre 1979 et 2010, particulièrement P.-J. Trombetta et B. Dufaÿ.
Les premières opérations, effectuées avec l’aide de bénévoles et d’étudiants, concentrent dans la partie sud de la haute cour, autour du donjon, et au niveau du châtelet d’entrée. Puis en 1989 et entre 1992 et 1994, c’est au nord de la haute cour que les fouilles ont lieu, révélant des vestiges d’un bâtiment du XIIe siècle, l’aula. Elles mettent aussi en évidence des aménagements successifs de l’enceinte et la trace des tours circulaires du XIIIe siècle.
En 2010, des sondages effectués à l’intérieur du donjon fournissent un nouvel éclairage sur la datation du château et permettent de situer la construction du donjon à la fin du XIIe siècle. L’emplacement d’anciennes cloisons sera confirmé par la découverte de massifs de contreforts intérieurs. La découverte d’un squelette de chien permet aussi d’évoquer le rôle de cet animal dans la construction en transportant des pierres ou pour les travaux agricoles.
Il faut noter, enfin, que la basse-cour et la douve nord n’ont encore jamais été explorées archéologiquement.
Un château à visiter !
Le château a conservé une grande part de sa morphologie médiévale, avec son donjon datant du XIIe siècle, remanié au fil des années, et son enceinte dotée de tours des XIVe et XVe siècles. La haute cour du château est en accès libre, ainsi que le rez-de-chaussée de la tour des Gardes et les caves situées sous la Maison du Parc. Un très beau point de vue sur la vallée est possible en montant sur la courtine du rempart sud.
Chaque année, à l’occasion des Journées du patrimoine, des archéologues peuvent proposer des visites commentées du château. Et pour aller plus loin, un ouvrage, "Le château de Chevreuse, de l’an mil à nos jours", est disponible à l’achat : il présente son patrimoine exceptionnel et les grandes étapes de son histoire, qui ont été établies grâce aux documents d’archives et aux opérations archéologiques.
Épône (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineDes mégalithes néolithiques se rencontrent aussi en région parisienne ! Un monument de ce type, vestige d'une sépulture collective de plus de 4 500 ans, est encore visible à proximité de la Seine.
Les mégalithes ou grosses pierres, de la fin de la Préhistoire, sont bien connus en Bretagne mais se rencontrent aussi en Île-de-France. Dix-sept monuments sont attestés dans les Yvelines et huit sont encore visibles dans le paysage. À Épône, au moins quatre d'entre eux ont été identifiés, comme celui-ci situé au lieu-dit des Pierres de La Justice.
Son architecture l'intègre au type des "allées couvertes", sorte de couloir formé de grandes dalles. Il s'agit d'une sépulture collective datée de la fin du Néolithique (environ 2 500 ans avant J.-C.).
La multiplication des sépultures monumentales est un phénomène qui apparait dans toute l’Europe de l’ouest vers 4 000 ans avant notre ère. Ces tombeaux collectifs peuvent prendre plusieurs formes : l’allée couverte, le dolmen, l’allée sépulcrale (sans dalles monumentales) et l’hypogée (tombe souterraine). Selon la taille du monument, ils pouvaient contenir plusieurs centaines d’inhumations, accompagnées d'un abondant mobilier funéraire déposé en offrande : lames de haches polies, outils en silex et en os, céramiques, parures en schiste, etc.
Leur construction interroge sur l’organisation sociale des groupes préhistoriques, mais aussi sur les techniques employées. Ceux qui dirigeaient les travaux d'installation avaient de réelles connaissances géologiques (savoir où trouver les bonnes pierres, connaître la résistance des matériaux...). Il fallait sans doute aussi une certaine autorité morale et spirituelle, voire religieuse, pour déterminer l’emplacement et l’orientation du monument, et rassembler, puis diriger, une main-d’œuvre importante. Celle-ci pprovenait sans doute d'un ou de plusieurs villages.
La traction, souvent sur plusieurs kilomètres, et l’érection des mégalithes, dalles pesant plusieurs dizaines de tonnes, ont longtemps été une énigme. Toutes sortes d’hypothèses ont eu cours comme leur attribution aux Celtes jusqu’aux extraterrestres...
C’est notamment grâce à des démarches d’expérimentation des techniques anciennes que les archéologues ont pu déterminer la façon la plus plausible de construire ces monuments. Ils ont ainsi pu démontrer que 200 personnes sont capables de tirer une dalle de 32 tonnes sur une grande distance.
Un monument pour les défunts
À l’origine, la sépulture collective d’Épône était composée d’une longue chambre funéraire de 11,70 x 1,50 m de large, pour une hauteur intérieure d’environ 1,90 m. Elle était sans doute dotée d’une antichambre, bien que l'entrée ait été entièrement détruite. En effet, le monument visible aujourd'hui n'est pas complet, il ne reste qu'une partie de la chambre funéraire constituée de 11 dalles verticales (orthostates) d'un côté, de 6 dalles de l'autre, de 3 "tables" de couverture, toutes en pierre meulière, et enfin d’une dalle terminale, en grès.
Dans cette chambre, soixante inhumations ont pu être identifiées lors des premières fouilles au XIXe s. Elles étaient disposées en deux niveaux, séparés par des plaquettes de calcaire. La couche inférieure d’inhumations reposait directement sur un sol dallé, et la couche supérieure était recouverte d’un autre niveau de plaquettes.
D’après une première étude réalisée en 1895 par M. Manouvrier, les individus avaient une taille moyenne de 1,60 m, pour les hommes, et de 1,50 m pour les femmes, mais l'approche anthropologique de cette époque n'avait pas les outils actuels d'analyse.
4 crânes se sont avérés remarquables, l'un pour ses stigmates d’une trépanation (perforation du crâne du vivant de l'individu) et les trois autres, féminins, pour les signes gravés en forme de T qu’ils portent. Ces incisions existaient avant le décès des individus, mais leur signification n'a pas encore trouvé d'interprétation.
Enfin, il semble qu’un grand foyer ait été allumé sur le sol dallé avant le dépôt des corps, peut-être à l’occasion d’une cérémonie funéraire.
Une histoire mouvementée
Cette sépulture, qui était initialement recouverte d'un tumulus de terre encore visible en 1793, a été "visitée" par les habitants des villages voisins à la recherche de trésors... Selon les archives, ils ne trouvèrent que "des ossements innombrables et petits objets". Déjà très abîmé, le monument fut redécouvert, en 1833, et fouillé pour la première fois en 1881 par M. Perrier du Carne, puis classé au titre des Monuments Historiques, en 1887.
Mais ce n'est qu'en 1953-1954 qu'une fouille, avec un enregistrement méticuleux des découvertes, a été effectuée par la directrice de la Circonscription préhistorique du Nord de la région parisienne, Mme Eliane Basse de Ménorval. D'une certaine manière, elle représente la toute première archéologue des Yvelines ! Elle fit également procéder à des travaux de restauration en 1955 : remontage de morceaux de dalles cassées et redressement de certains orthostates couchés.
Quant au mobilier funéraire qui avait survécu aux pillages et avait été transféré au musée de Mantes-la-Jolie, il disparut en grande partie lors des bombardements de la guerre 1939-1945. Quelques ossements et de petits silex (armatures de flèches), ainsi que la documentation issue de la fouille de Mme Basse de Ménorval, sont encore conservés au service archéologique de Montigny-le-Bretonneux.
Malgré les dégradations subies, l’essentiel de cette sépulture collective est encore observable sur place, dans le square de la rue des Dolmens, quartier d’Elisabethville. Elle est remblayée jusqu’aux deux-tiers des dalles verticales pour assurer sa stabilité et sa bonne conservation.
Un travail universitaire, mené par des enseignants et les étudiants en archéologie de l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, a permis un relevé photogrammétrique du monument visible et sa restitution en 3D (Clichés François Giligny et modélisation Cyrille Galinand), à découvrir ici !
Guerville (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineLa fouille en urgence de ce vestige, à la fin des années 80, a permis de révéler un témoin isolé des techniques de construction de l’époque romaine… un patrimoine toujours visible !
En 1987, au lieu-dit Les Coudres, les "Ciments français" réalisent des creusements pour l’aménagement de leur siège social. Ils révèlent involontairement une zone où la terre est brûlée et associée à une grande quantité d’une matière blanche. Il s’agit des vestiges d’un four gallo-romain utilisé pour la réalisation de chaux. Celui-ci est entièrement fouillé en 1989 par le Service archéologique départemental des Yvelines.
La chaux est un matériau de construction et d’amendement (d’enrichissement) des sols, largement utilisé durant l’Antiquité. Elle est obtenue à partir de la calcination de blocs en calcaire. Après la cuisson des blocs, on ajoute à la poudre obtenue de l’eau et du sable ou du tuileau (tuiles pilées) pour former le mortier. Sans l’ajout de ces éléments, la chaux se fissurerait en séchant, perdant par conséquent sa qualité principale de liant.
L’utilisation de la chaux est ancienne : elle sert de matériau de construction en Égypte puis dans la Grèce antique. Avec la Conquête romaine, son usage s’accentue au nord de la Gaule. Ainsi, les Gallo-Romains vont l’employer comme composant principal de leur mortier, tout comme les maçons aujourd’hui...
Construction du four et mode de cuisson
Creusé dans le sol, le four de Guerville est composé de deux fosses : une fosse circulaire destinée à la combustion des pierres et une aire de chauffe rectangulaire servant à l’alimentation du feu. Les parois de la fosse circulaire sont doublées par des pierres sèches (meulière et calcaire) afin de supporter la charge des blocs de calcaire à brûler.
Entre les deux fosses, un mur est aménagé avec des pierres résistantes au feu. Une ouverture appelée alandier ou "gueulard" est préservée pour que le chaufournier (ou chaulier) introduise le bois dans la fosse de combustion et entretienne le feu.
Une structure voûtée en bois est construite dans la fosse de combustion afin de supporter la charge de pierres et d’aménager un espace pour le feu. Elle sera brûlée au cours de la cuisson. Le chaufournier charge les blocs de calcaire sur cette voûte jusqu’à 4-5 mètres de hauteur. Le tout est recouvert de terre pour préserver la température lors de la cuisson. Le feu est allumé dans l’aire de chauffe, puis le bois est poussé par l’alandier dans la fosse de combustion à l’aide d’une pelle ou d’une fourche.
La cuisson s’élève à plus de 1 000 °C et se prolonge pendant quelques jours. Le refroidissement dure plusieurs heures avant de pouvoir détacher des blocs de chaux qui seront à réduire en poudre.
De la chaux pour quel usage ?
La commune de Guerville est située dans une région densément occupée pendant la période gallo-romaine : plusieurs villae, sanctuaires et petites agglomérations y ont été découverts. Notamment, à quelques dizaines de mètres du four avait déjà été repéré, dès 1890, un vaste habitat antique d’environ 3-4 hectares (une villa ?) mais qui n’a pas encore été fouillé.
Pour l’utilisation du four, deux hypothèses sont donc envisageables :
- celui-ci est édifié en même temps que l’établissement antique et sert à sa construction,
- il est aménagé plus tard, dans le but de le rénover ou de l’agrandir.
Un four abandonné
Lors de sa découverte, la charge de chaux comblait encore l’ensemble du four indiquant qu’il avait été abandonné pendant la cuisson. Les archéologues supposent qu’une forte pluie serait à l’origine de l’arrêt brutal du travail. L’orage aurait éteint le feu et transformé la chaux en masse pâteuse, provoquant alors l’obstruction du gueulard, avant de se solidifier.
Un lot de quatre céramiques quasi-complètes (jattes tripodes, urne, assiette) découvert dans le remblai de l’aire de chauffe permet de situer cet abandon autour du IIIe siècle après J.-C.
Un vestige toujours visible et à découvrir !
Après la fouille, la commune de Guerville a décidé de préserver le four et de permettre les visites en aménageant un abri durable qui le protège. Son accès est fermé à clé, mais il reste visible au travers des vitres de l’abri. Une visite commentée peut être organisée pour les groupes sur RDV (contacter le pôle Médiation du service). Le bâtiment est à proximité d’une aire de parking, à l’entrée nord de la ville, le long de la RD 158.
Jouars-Pontchartrain (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineUn diagnostic a permis la découverte de rares vestiges d’un campement de chasseurs de la fin de la Préhistoire, témoins de la transition entre glaciation et réchauffement.
Un diagnostic d’archéologie préventive, réalisé en 2012 par le service archéologique des Yvelines, a permis de mettre au jour une occupation d'une période peu connue qui voit la fin de la dernière glaciation : le Mésolithique (entre – 9 000 et - 7 200 ans).
Comme d’autres sites de cette période, les indices se résument à des concentrations d’objets en silex, localisées sur un léger replat, dans un versant exposé à l’ouest. Ils sont tous contenus dans une couche de sédiment de couleur grisâtre à dominante sableuse. Cet ensemble correspond à un véritable sol d’occupation préhistorique recouvert par des dépôts sédimentaires, plus ou moins conséquents, issus du glissement des terrains situés plus haut. Ce sol a donc été épargné par l’érosion. Autrement dit, les objets ont été retrouvés là où les chasseurs-cueilleurs les ont abandonnés. Ces indices permettent de percevoir ce qui pourrait être le campement de courte durée (saisonnier ?) d’un groupe de chasseurs.
Le plan de répartition des objets a permis d’estimer l’extension de l’occupation à environ 7 500 m². Plusieurs secteurs de quelques mètres carrés ont été fouillés de façon à obtenir des informations plus précises sur son organisation interne. Ce sont ainsi huit sondages de 4 m² chacun qui ont été ouverts, sur une trentaine de centimètres de profondeur.
Répartition et étude du mobilier
Au total, 107 objets et près de 100 esquilles de silex ont été découverts dans les 32 m² concernés. Il faut toutefois souligner que les quantités mises au jour varient de manière conséquente d’un sondage à l’autre.
La distribution des vestiges n’est donc pas uniforme sur le replat où se sont installés les Mésolithiques. Certains silex portant des traces de chauffe ne se répartissent pas de manière aléatoire, bien qu’aucun foyer n’ait été identifié. En effet, dans quelques sondages, les silex brûlés atteignent un taux de près de 50 % tandis que d’autres n’en comportent aucun.
Le même constat peut être dressé pour la répartition des blocs de matière première, des outils et des pointes de flèche. Ces différences significatives vont dans le sens de l’existence d’aires bien délimitées, dévolues à des activités qu’il est malheureusement difficile d’identifier avec certitude.
La chasse à l'arc
Le mobilier étudié se compose essentiellement de silex taillés auxquels s’ajoutent quelques éléments en grès-quartzite. Les outils, indifféremment réalisés à partir d’éclats ou de lames de ces deux matériaux, demeurent rares mais sont assez variés (grattoirs, burins, denticulés). Ils ont très vraisemblablement servi au traitement du gibier chassé dans les environs (découpe, raclage de la peau…).
Les blocs de matière première et les déchets de taille représentent au contraire une part importante des vestiges récoltés. Comme souvent, la taille du silex constitue une activité de premier plan des groupes de chasseurs. La confection sur place des pointes de flèche est bien attestée par la présence des déchets de fabrication, confirmant l'usage de l'arc qui apparait au début de cette période de réchauffement.
Ainsi, à bien des égards ce site apparaît comme une découverte importante. Dans le département, il s’agit du premier site mésolithique bien conservé, étudié dans le cadre de l’archéologie préventive. Les indices de cette période à l’ouest de Paris demeurent encore peu nombreux. À l’exception de sites anciennement fouillés à Sonchamp (Hinout, 1995) et Auffargis (Daniel, 1965), la plupart des informations sont issues de prospections pédestres et ne permettent pas de réfléchir à l’organisation des campements occupés par les derniers chasseurs-cueilleurs du Bassin parisien.
Marcq (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineL'histoire médiévale de l'édifice et la présence de sépultures ont pu être révélées à l'occasion d'un diagnostic préalable à des travaux de restauration.
Un programme de travaux, lancé par la mairie pour la confortation de l’édifice très instable, a déclenché la prescription d’un diagnostic archéologique.
En effet, l’église est construite sur une plate-forme artificielle aménagée dans une butte sableuse, une des causes probables des désordres architecturaux affectant le mur gouttereau nord et le chevet. Un diagnostic puis une surveillance de travaux de restauration ont ainsi été menés en 2011, par le Service archéologique des Yvelines.
La documentation archéologique sur le secteur se bornait, jusque-là, à quelques informations recueillies par un instituteur au cours de travaux menés à la fin du XIXe siècle. Celui-ci signalait, à 80 m au nord-est, une nécropole du premier Moyen Âge (ou haut Moyen Âge) et évoquait quelques objets exhumés lors d’un chantier de restauration dans la nef.
L’étude des édifices : une approche croisée
L’étude archéologique préventive de l’église s’est déroulée en deux étapes successives :
1 - Une étude préliminaire de l’architecture du bâtiment, combinée à une recherche en archives. De premières hypothèses ont ainsi été établies sur les différentes phases de construction du monument. Par exemple, les baies du chevet sont similaires à celles d’édifices datés de 1540-1560, comme à Vétheuil, Nucourt, Pontoise ainsi qu’au château et à l’église d’Écouen (Val-d’Oise).
Par ailleurs, un érudit, féru d’archéologie, A. De Dion (1823-1909) a décrit dans ses notes le vitrail du chœur – aujourd’hui disparu – sur lequel la date de 1550 était écrite (cf. Archives départementales des Yvelines). Le recoupement de ces informations a alors suggéré une datation du milieu du XVIe siècle pour la construction du chevet actuel.
Cependant, cette démarche historienne n’a pas toujours été efficace, car les détails architecturaux internes trahissent une succession de travaux dont l’évolution chronologique n’a pu être déterminée. L’exemple de la construction du collatéral nord est caractéristique de cette situation. Plusieurs datations avaient été avancées quant à sa construction durant le Moyen Âge. Mais aucun argument fiable ne pouvait être proposé par l’étude stylistique, l’aspect des colonnes et des voûtes ayant été modifié à plusieurs reprises.
2 - L’opération de terrain, préalable aux travaux de restauration, a constitué la seconde et principale étape. Les sondages ont été placés aux endroits où des éléments de béton devaient venir renforcer les murs. Les ouvertures ont donc eu lieu à la base des colonnes du mur gouttereau nord et tout le long de l’intérieur du chœur. Malgré la petite superficie concernée (36 m²), des découvertes inédites ont été faites. En comparant ces résultats aux questions soulevées lors de l’étude préliminaire, il est possible d’établir une nouvelle histoire de l’église Saint-Rémi de Marcq.
Petite histoire médiévale de l’édifice religieux
L’édifice trouve vraisemblablement son origine avant le début du XIIe siècle. Une première mention apparaît en effet dans une donation de l’église par le seigneur Goisfred de Marcq au prieuré de Saint-Évroult dans les années 1105. Les plus anciennes maçonneries subsistantes se résument au mur gouttereau sud, à un contrefort dissimulé dans un des murs de la tour datée du XVIIIe siècle et à une section de la façade occidentale. On y distingue encore une entrée en arc brisé, ainsi qu’un oculus .
Mais à l’issue du diagnostic, ce sont plusieurs phases de construction de l’édifice qui peuvent être détaillées. Il suffit de s’appuyer sur des arguments architecturaux et stratigraphiques, corrélés à la datation du mobilier (céramiques, vitraux, monnaies). À ce sujet, la découverte d’une matrice de signet en bronze est suffisamment rare pour être signalée (cf. l’encadré en fin d’article).
Ainsi, au moins cinq phases architecturales, échelonnées des XIIe-XIVe siècles au XVIe siècle, ont été décelées. Elles permettent de mieux comprendre l’évolution du plan de l’église, et particulièrement de son chevet.
- Phase 1 : un premier chevet, de forme indéterminée, terminant la nef de quatre travées, a été complètement détruit par la construction du collatéral nord au XVe siècle (phase 2), puis par l’ajout, non daté, d’une travée supplémentaire en direction de l’est (phase 3).
- Phase 4 : au début du XVIe siècle, un nouveau chevet à pans coupés a été bâti et rapidement remplacé, dans les années 1550, par le chevet à cinq pans encore visible aujourd’hui (phase 5).
On constate, en outre, que les évolutions du bâti aux XVe et XVIe siècles coïncident avec le rythme des changements des propriétaires de la seigneurie de Marcq, parmi lesquels, Raoul Moreau, intendant des finances d’Henri II. Grand bâtisseur, celui-ci s’approprie notamment la région de Thoiry dans le courant du milieu du XVIe siècle.
Un lieu d’inhumation dès le Moyen Âge
Les sondages ont aussi permis de découvrir, de part et d’autre du mur gouttereau nord et le long de la façade interne du chevet, des sépultures et d’évaluer l’étendue de l'espace funéraire. 61 individus ont été dénombrés, répartis de façon suivante :
- 26 individus correspondent à des sépultures en position "primaire" (tels qu’ils ont été inhumés) : 15 adultes, 4 immatures et 3 périnataux ;
- un minimum de 35 individus ont pu être isolés des ossements retrouvés dans des remblais (21 adultes, 8 immatures et 5 périnataux).
Du point de vue chronologique, trois à quatre sépultures appartiennent au cimetière paroissial, situé à l’extérieur de l’église, contemporain du premier état de l’édifice. Il trouve ses origines, au plus tard, au XIIe siècle.
Une deuxième phase d’inhumation correspond aux enfouissements à l’intérieur de l’édifice, postérieurs à l’extension du collatéral. Elle démarre dans le courant du XVe siècle et pourrait perdurer jusqu’au XVIIIe siècle. Pour cette phase, le dépôt en pleine terre d’individus allongés sur le dos, les membres en extension, enveloppés dans un linceul et descendus dans la fosse sépulcrale sur un support en bois (cercueil ?), semble avoir constitué le modèle dominant, quelle que soit la classe d’âge.
Concernant le recrutement du cimetière, on constate la présence d’individus issus de plusieurs classes d’âge et des deux sexes. Les inhumations mises au jour dans les sondages donnent l’impression d’une densité élevée. Cependant, la faible surface fouillée à l’échelle du site ne permet aucune affirmation.
Une nécropole du premier Moyen Âge, mentionnée au XIXe siècle à quelques dizaines de mètres de l’église, n’a pas été observée lors du diagnostic. Il existe probablement un déplacement chronologique entre ces deux espaces funéraires.
Un objet singulier
Parmi les objets recueillis, une matrice servant à apposer une signature se détache. L'objet en alliage cuivreux et de forme circulaire (16 mm de diamètre) est surmonté d’un appendice conique muni d'un anneau quadrilobé. Un repère extérieur constitué d’un trait gravé permettait à son utilisateur de tenir la matrice dans le bon sens au moment du scellement. Au centre du disque, délimité par un double cordon, est figuré un cochon ou un sanglier "passant" (en marche) surmonté d’une légende, assez peu lisible : C . A I V S. Sa forme de "pion" ainsi que le lettrage permettent de le rattacher au XVe siècle. Sa petite dimension et la légende peu compréhensible tendraient à l’interpréter comme un signet plutôt qu’un véritable sceau personnel. Il s’agit d’une trouvaille intéressante en matière de sigillographie car ces matrices sont particulièrement rares.
Les Mureaux (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineUn port bien aménagé se développe à partir du Ier siècle, au croisement d’une voie romaine nord-sud et du fleuve. Il traduit une activité commerciale florissante qui avait débutée dès l'époque gauloise à Meulan.
Au cours des XIXe et XXe siècles, plusieurs fouilles ont révélé l’existence d’un important port antique sur les bords de Seine, aux Mureaux. Les premières constructions, situées au bout de la rue des Gros Murs, ont pu être datées des années 50 de notre ère. Les activités portuaires ont ensuite perduré jusqu’au milieu du IIe siècle. Les opérations archéologiques menées par le service archéologique des Yvelines, dans les années 80, ont permis d’étudier l’aménagement de quais de chargement et les différentes installations associées au port de commerce.
Une agglomération dès l’époque gauloise
Au début du IIe siècle avant notre ère, des populations gauloises (Carnutes) s’installent au nord de la Seine, côté Meulan, sur l’Île-Belle. Puis, une véritable agglomération s’étend jusqu’aux Mureaux.
Les traces archéologiques se résument à des bâtiments construits en bois et torchis et des objets qui montrent une importante activité artisanale (ex. le travail de l’os animal : alène et aiguille pour la pêche, dés à jouer, charnières…). La qualité de certains objets traduit également l’existence d’une élite aristocratique au sein de cette agglomération gauloise. Bien qu’aucun port n’ait été repéré pour cette période, le commerce à longue distance y était déjà développé comme en attestent les amphores d’origine greco-italique recueillies, importées dès le Ier siècle avant notre ère.
Des quais aménagés en terrasse à l’époque romaine
Plusieurs portions de quais de chargement, installés au milieu du Ier siècle, ont été fouillées sur plus de 50 m de long (une partie est encore visible le long du chemin de Halage). Construits sur des murs de 1 à 2 m de haut, les quais forment de larges terrasses surélevées qui consolident les berges du fleuve. Ces terrasses pouvaient servir au chargement/ déchargement et au stockage des marchandises transitant par le port. Les murs sont constitués d’un parement en bloc équarris de calcaire et de grès, comblé par des pierres liées à l’argile.
Les fragments de poterie retrouvés autour de ces blocs ont permis de dater la construction du milieu du Ier siècle. La découverte de deux emplacements pour des poteaux en bois évoque les vestiges de pieux d’amarrage servant à l’accostage des bateaux. Sur la terrasse, les vestiges d’un bâtiment et d’une cave ont également été identifiés ; ils pouvaient être utilisés comme lieux de stockage.
Au début du IIe siècle, on constate quelques derniers aménagements, notamment l’ajout d’une rampe dallée descendant vers le fleuve, à l’ouest du quai. Cependant, celle-ci est rapidement recouverte de débris divers (tuiles, blocs de mortier, gravats, pierres, etc.) qui évoquent la destruction et l’abandon finale du port. Parmi les débris, un sesterce d’Hadrien permet de situer ces évènements autour de la fin du IIe siècle.
L’existence d’un pont ?
Un pilier maçonné retrouvé en fouille, au bout de la rue des Gros Murs, et la présence de rangées de poteaux, observés au XVIIIe siècle dans la berge, pourraient signaler l’emplacement d’une base de pont ou d'un ponton.
L'axe de la rue actuelle était déjà utilisé à l'époque gallo-romaine, il est donc possible qu’un pont existe à son extrémité pour traverser la Seine. Cette rue se situe dans la continuité de l’importante voie commerciale nord-sud, reliant Beauvais à Orléans.
Des recherches, faites au XIXe siècle par M. Guégan de l’Isle, mentionnent la présence d’un chemin de halage longeant la Seine, en contrebas des terrasses, pour tracter les bateaux à l’aide de cordes. Cet espace est aujourd’hui en eau, il est donc difficile de confirmer son existence dès l’époque romaine.
Une activité économique diversifiée
Au-delà des structures portuaires, le mobilier archéologique retrouvé fournit des éléments d’information sur le type et l’origine des marchandises qui transitaient par le site. Bien que les denrées aient disparu (produits périssables), les contenants avec leurs formes spécifiques (amphores) nous renseignent sur ce qu’ils transportaient : huile, vin, préparations de poisson,… et sur leur origine (Italie, Espagne, sud de la France). De même, différents types de vaisselle (coupes, assiettes, cruches, pots) retrouvés sur le site sont issus d’un commerce d’assez longue distance.
Liée à ce port très actif, une ville gallo-romaine se développe dans l’axe de la rue des Gros Murs, favorisée par les échanges et le commerce florissant. Elle a laissé quelques traces archéologiques, comme des thermes, un bas-relief sculpté provenant probablement d’un bâtiment public et un ensemble de vaisselle en bronze, qui témoignent de sa richesse au moins jusqu’au IIe siècle.
Progressivement, les activités diminuent jusqu’à l’abandon des rives du fleuve au IIIe siècle. Il faudra attendre la période carolingienne (IXe siècle) pour que le port soit à nouveau réoccupé ponctuellement, ainsi que le secteur situé aujourd’hui sous le parc de l’Oseraie, avant d’être totalement abandonné au XIe siècle.
En dehors des quelques blocs conservés sur place, aucune trace de cette activité portuaire antique n'est visible aujourd'hui. A l'occasion d'une exposition rétrospective des recherches archéologiques qui s'est tenue à la médiathèque en 2015, "13 000 ans d'histoire aux Mureaux", une maquette du port a été réalisée et peut être empruntée à présent.
Noisy-le-Roi (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineLes vestiges d'habitants de la Protohistoire ont été révélés à l’est de la commune. Une découverte rarissime témoignant d'une période peu représentée dans la région.
La dernière demeure d'habitants de l'âge du Bronze
Durant l’été 2015, une équipe du Service archéologique départemental des Yvelines a réalisé une fouille préventive sur d’anciens terrains agricoles, situés face au collège Jean-Baptiste de La Quintinye. Cette opération faisait suite à un diagnostic, conduit en 2014 par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), préalablement à la construction d'immeubles d’habitations.
La fouille, prescrite et contrôlée par l’État, a couvert une superficie de 1 200 m2. Elle a permis d’étudier les vestiges d’un petit cimetière daté de l’âge du Bronze, période très mal connue dans le département des Yvelines.
Un espace funéraire dédié à une partie de la population
Il se compose d’une dizaine de tombes, réparties au sein de deux ensembles, distants de 5 m seulement. Le tout occupe un espace restreint d’une centaine de mètres carrés.
Les onze tombes fouillées appartiennent à deux catégories morphologiques distinctes. Les premières (type A) sont de simples fosses oblongues de petite taille. Les secondes (type B) présentent des aménagements plus élaborés que l’on peut qualifier de coffrages. Ceux-ci sont réalisés à l’aide de blocs irréguliers de calcaire et de meulière. Certains blocs se situent en bordure de la fosse et d’autres sont déposés sur la surface, en couverture.
La mise en place des tombes du type B a nécessité cinq étapes, au minimum. Le creusement de la fosse sépulcrale est suivi de l’installation de blocs, placés le long des parois. Le dépôt du corps n’intervient que dans un troisième temps. La sépulture fait alors l’objet d’un remblaiement rapide, avant sa fermeture définitive, à l’aide de pierres de différents modules.
Ces deux formes de sépulture, somme toute assez rudimentaires, ont été observées dans les deux noyaux, dans des proportions à peu près équivalentes.
Le traitement des défunts
Seule la pratique de l’inhumation individuelle est attestée à Noisy-le-Roi. Aucun fragment osseux ne montre de traces de crémation, y compris dans le cas des sépultures les plus altérées.
Lorsque cela a pu être démontré, les individus sont enveloppés dans un linceul. Ils sont préférentiellement placés sur le dos ou sur le côté, les bras et les jambes ramenés contre le corps. Les sujets sont orientés selon un axe nord-est/sud-ouest, la tête indifféremment au sud ou au nord.
Les objets déposés sont extrêmement rares et modestes. Seules deux tombes ont livré chacune un petit anneau filiforme en bronze.
Que sait-on de la population inhumée ?
Les données issues de l’analyse des squelettes mettent en avant la place prépondérante qu’occupent les jeunes individus au sein du groupe de sépultures. Les anthropologues dénombrent sept sujets dont la croissance n’est pas achevée. Il y aurait parmi eux cinq enfants et deux adolescents, auxquels il faut ajouter un sujet de taille adulte, susceptible d’avoir entre 15 et 19 ans. Pour les trois autres individus, l’âge n’a pu être déterminé en raison de l’état fragmentaire des ossements.
Leur état de santé n’est pas toujours évident à restituer à partir de squelettes incomplets et assez dégradés. En dehors de quelques dents cariées, il a été possible de repérer un cas de fracture du péroné. Cette fracture s’est proprement réduite du vivant de l’individu et laisse entendre que les soins essentiels ont été pratiqués.
Le témoignage d'une période mal connue
Étant donné le peu de mobilier exhumé et la forme des inhumations fréquente durant plusieurs milliers d'années, la datation de ce cimetière pose des difficultés. Le recours à la datation du radiocarbone a donc été privilégié.
Pour cela, des mesures 14C (carbone 14) ont été réalisées sur des dents et des fragments osseux en bon état. Les six dates obtenues permettent de caler l'utilisation du cimetière entre le XVe et le XIIe siècle avant notre ère, période dénommée l'âge du Bronze.
Dans la région, cette période est précisément un moment charnière, marqué par l’abandon progressif de l’inhumation au profit de la crémation. Et pourtant, entre 1 500 et 1 150 avant J.-C., la communauté noiséenne continue à pratiquer l'inhumation de ses défunts.
Au même moment, à une quinzaine de kilomètres de là, à Saint-Germain-en-Laye, les corps sont incinérés sur des bûchers avant d’être ensevelis. De ce point de vue, le gisement de Noisy-le-Roi constitue un exemple sans équivalent en région parisienne !
Rocquencourt (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineL’aménagement d'une ZAC en 2011 a permis la réalisation du tout premier diagnostic archéologique sur la commune. Il a révélé plusieurs occupations humaines, plus ou moins bien conservées, et enrichi une documentation archéologique localement pauvre.
L’aménagement de la "ZAC du Bourg" sur la commune a motivé la prescription d’un diagnostic archéologique par le service régional de l’Archéologie d’Île-de-France (Direction régionale des Affaires culturelles). Cette opération, confiée au service archéologique des Yvelines, a permis d’identifier plusieurs occupations humaines plus ou moins bien conservées. Elle a contribué à enrichir une documentation archéologique localement pauvre.
À l’échelle du territoire de Rocquencourt, les connaissances disponibles reposaient effectivement presque exclusivement sur des archives liées au passé médiéval de la commune, d’une part, et à l’aménagement des jardins du château de Versailles, d’autre part. Les archéologues n’avaient encore jamais eu l’occasion de sonder le sous-sol communal.
Présentation du diagnostic
Les travaux se sont déroulés en octobre 2011 et ont concerné plusieurs îlots sur une surface totale d’environ 4 hectares. L’emprise explorée se situe entre le parc forestier de Rocquencourt, au nord, et l’arboretum de Chèvreloup, au sud. Elle occupe le pied d’un versant exposé au sud.
Le terrain, marqué par une dénivellation sensible, a vraisemblablement été soumis à une érosion importante, et ce dès l’intensification des activités agricoles au cours du Néolithique. C’est ce qui explique l’absence de vestiges sur une grande partie de la surface diagnostiquée. En effet, seuls les secteurs situés le long de la RD 307 ont été relativement épargnés par ces destructions. C’est là qu’ont été mises au jour deux occupations bien distinctes d’un point de vue chronologique : l’une de la fin du Néolithique et l’autre du second Moyen Âge.
Les plus anciens vestiges datés du Néolithique final (- 3 000 / - 2 150 ans)
Les témoignages matériels sont minces et occupent un espace restreint, correspondant à une petite dépression naturelle. Outre deux fosses, les archéologues ont découvert une concentration de tessons de céramique, d’outils en silex et de pierres chauffées. Le tout reposait en place sur un sol d’occupation plutôt bien conservé. Celui-ci a fait l’objet d’une fouille manuelle minutieuse sur 2 m² au cours de laquelle tous les objets ont été précisément localisés avant d’être prélevés.
La quantité d’objets recueilli n’est pas négligeable au regard de la faible superficie fouillée. Au moins quatre récipients en céramique modelée ont pu être partiellement restitués. Il s’agit de vases de grande taille, sans doute utilisés quotidiennement dans le cadre de la maisonnée.
L’industrie en pierre est composée de deux éclats de grès et de 23 objets en silex, dont cinq outils (un grattoir, deux tranchets, un denticulé et une pointe aménagée) et des déchets de taille. Un des tranchets et deux éclats en silex présentent les traces d’une chauffe importante.
L’exploration approfondie de cet ensemble a permis non seulement de démontrer l’usage domestique des vestiges, mais aussi de les placer sans aucune ambigüité dans le courant du IIIe millénaire avant notre ère. D’ailleurs, l’organisation générale de cette occupation présente de nombreuses analogies avec ce qui a été observé sur d’autres sites contemporains des Yvelines (Flins/Les Mureaux).
Des vestiges peu courants : des fours culinaires médiévaux (XIe et XIIe siècles)
La période médiévale est uniquement représentée par deux fours culinaires, associés à quelques fosses interprétées comme des structures annexes.
L’un des fours a pu être intégralement dégagé. Les parties en élévation qui fermaient la chambre de cuisson se sont manifestement effondrées très rapidement après l’abandon de la structure, dans le courant du XIe siècle ou au tout début du XIIe siècle. Paradoxalement, c’est précisément ce qui a permis de préserver la sole (surface plane où l'on pose les aliments à cuire, notamment le pain). Celle-ci se présente sous la forme d’une vaste aire rubéfiée (orangée) de 2,20 m de longueur pour 1,40 m de large. Sur cette sole de nombreux fragments de terre brûlée, des charbons de bois et quelques pierres, réparties de manière aléatoire, ont été observés.
On ne peut donc qu’imaginer l’aspect initial de la voûte du four. Celle-ci pouvait être construite ou, plus simplement, creusée en sape dans le sol. Étant donné l’état d’arasement de ce four, il n’est pas possible de trancher entre ces deux possibilités. Au mieux peut-on supposer que les pierres retrouvées appartenaient à la voûte ou à un aménagement détruit, dont la nature – bouche maçonnée ou conduit d’évacuation – ne peut être déterminée.
Un fragment de céramique piégé dans le four – une cruche à lèvre triangulaire – peut être daté de la transition entre le XIe siècle et le XIIe siècle. Ce qui renforce l’intérêt de cette découverte. En effet, les fours culinaires de cette période ne sont absolument pas documentés dans les Yvelines et restent rares en région parisienne.
En raison de l’exigüité de la parcelle qui a livré les vestiges médiévaux, le diagnostic de Rocquencourt n’a pas fourni d’informations sur la présence éventuelle d’un habitat. Si l’on s’en tient à la littérature archéologique consacrée au sujet, les fours culinaires postérieurs au Xe siècle relèvent d’un usage communautaire. Il est donc raisonnable de penser qu’une ou plusieurs habitations se soient développées non loin, hors du périmètre sondé par les archéologues.
Saint-Martin-La-Garenne (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineUn récent diagnostic archéologique préventif a permis la découverte d'une tombe individuelle, assez bien conservée, qui recueillait un homme dont l'inhumation a pu être datée d'environ - 2 200 ans.
Une tombe a récemment été découverte lors d’un diagnostic en bord de Seine, à Saint-Martin-la-Garenne dans les Yvelines. Cette sépulture individuelle s’avère exceptionnelle par la rareté de ce type de vestige pour la période concernée (deux attestées en Île-de-France). En effet, datée à l’aide du mobilier qu’elle a fourni et du Carbone 14 de l’extrême fin du Néolithique, voire du début de l’âge du Bronze (vers 2 200 ans avant J.-C.), elle répond aux normes funéraires de la culture dite du Campaniforme. Cette culture est connue, de façon relativement uniforme, sur une grande partie de l’Europe occidentale (du sud Portugal jusqu’au Danemark).
Fait particulier, la tombe dite "en pleine terre" (simple creusement dans le sol) devait être matérialisée en surface car quatre blocs massifs, en calcaire, avaient été placés le long du bord nord de la fosse. L’étude anthropologique a montré que le défunt était un homme adulte (30-49 ans), sans pathologie visible et ayant eu une alimentation variée. Il a été inhumé sur le côté gauche avec les jambes et les bras fléchis et la tête orientée au nord-est. L’étude a pu déterminer l’existence d’un linceul entourant le corps au moment de l’inhumation (probablement un tissu qui s’est décomposé). Les ossements sont relativement bien conservés bien que la totalité du corps ne soit pas représentée (manquent quelques phalanges et métatarses).
Autre élément particulièrement intéressant, l’individu était accompagné pour seul mobilier funéraire d’un brassard d’archer, en schiste, situé sur l’avant-bras droit, près du coude. Cet objet rectangulaire, présente une perforation à chaque extrémité et un polissage intégral très poussé. Ce type d’objet est utilisé aujourd’hui par les archers, mais en cuir, pour la protection de la face interne de l’avant-bras contre le frottement de la corde après le tir. Il est généralement placé au niveau du poignet (et au bras gauche pour les droitiers) (cf. image d'expérimentation). La présence de cet objet confirme l'usage de la chasse chez une population sédentarisée, vivant d’agriculture et d’élevage.
Seulement quatre exemplaires de brassards de ce type avaient jusqu’alors été recensés dans la moitié nord de la France, s’intégrant parfaitement à la culture campaniforme à l’échelle européenne.
Une étude récente portant sur les brassards néolithiques espagnols (Pedro Muñoz Moro, 2017) propose un autre usage possible comme aiguisoir à lames de cuivre ou de bronze, grâce à l’analyse des traces caractéristiques identifiées en surface. Cette nouvelle piste ouvre les débats sur les gestes du tireur à l’arc de cette période.
Les sépultures à la fin du Néolithique
Avec une cinquantaine de sépultures individuelles connues, la tombe de Saint-Martin-la-Garenne vient enrichir considérablement nos connaissances sur les pratiques funéraires de cette période charnière de la Préhistoire.
En effet, des dépôts d’objet sont encore réalisés dans des sépultures collectives mégalithiques (comme l'allée couverte d’Epône). Cette pratique est d’ailleurs attestée à proximité avec la découverte, à la fin du XIXe siècle, d’un vase entier dans une allée couverte détruite au Val des Cimetières à Follainville-Dennemont (78).
Septeuil (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineCe petit temple romain, fouillé en urgence dans les années 1980, était dédié aux déesses des sources. Il sera transformé au IVe siècle en sanctuaire pour le culte d'une divinité orientale, Mithra.
En 1984, des éléments de construction gallo-romains avaient été mis au jour lors des travaux d'aménagement de la RD 983, à l’emplacement d’un ancien bras de la Vaucouleurs.
Le site a immédiatement fait l’objet d’une fouille de sauvetage, réalisée par M. O. Bailly (Direction des Antiquités historiques d’Île-de-France) puis d’une fouille programmée l’année suivante, menée par M. J.-G. Sainrat et Mme M.-A. Gaidon-Bunuel (Service archéologique des Yvelines). Enfin, une opération subaquatique d'archéologie programmée a été effectuée en 1988 par le service (M. L. Cholet) en raison des résurgences de la nappe phréatique.
Les vestiges mis au jour correspondent à un temple construit à la fin du Ier siècle après J.-C. ou au début du IIe siècle. Le bâtiment sert, dans un premier temps, de sanctuaire installé sur une source puis, à partir du IVe siècle, de mithraeum (sanctuaire dédié à la divinité orientale nommée Mithra ).
Le premier sanctuaire semble s’inscrire dans un vaste complexe dédié aux cultes. En effet, à quelques mètres à l’est, la fondation d'un bâtiment en grand appareil et des colonnes cannelées, de plus d' 1 m de diamètre, ont été aperçus lors des travaux. Malheureusement, l’édifice n’a pas été fouillé mais remblayé. Son architecture monumentale pourrait évoquer celle d’un grand temple. Par ailleurs, une série de bassins étagés a été repérée au sud-est du site et un théâtre pourrait bien exister au sud-ouest, aux vues du parcellaire et de la topographie.
L’usage de l’eau dans le sanctuaire
Ce sanctuaire, de taille modeste (10 x 15 m), est un bâtiment rectangulaire muni, au nord, d’une abside à cinq pans, dotée de quatorze colonnes en marbre et de trois ouvertures (nord, ouest et est). Au sud, il s’agit d’une pièce aux murs épais, sans ouvertures.
L’édifice a été bâti à la fois sur une source naturelle et utilise de l’eau canalisée provenant de la colline, à l'aide d'un système de tuyaux en plomb. Ainsi, dans le mur sud, une niche avec un petit bassin quadrangulaire reçoit l’eau acheminée par tuyau provenant des bassins situés dans le flan de la colline. La circulation se poursuit avec une canalisation en plomb intégrée au mur et qui rejoint un caniveau transversal (rigole), divisant ainsi le bâtiment en deux espaces de surface équivalente (pièces nord et sud). Cette rigole est aussi alimentée par les eaux de la Vaucouleurs canalisées à l’ouest.
La pièce nord, à colonnade, dispose d’un bassin octogonal de 3,50 m de côtés. Sa cuve, dallée de marbre blanc, perce la nappe phréatique à environ 1,50 m de profondeur ; l’eau de source est ensuite évacuée, vers le nord, par un caniveau.
Architecture et décor
Le bâtiment est construit en moellons calcaires liés avec un mortier de tuiles (donnant la couleur rose). Pour la partie nord, le soubassement est en pierre également, mais de larges dalles de terre cuite sont placées sous les colonnes d’ordre toscan provincial pour leur assurer une assise régulière. Dans la partie sud, les murs sont pleins. La couverture de l’ensemble reste hypothétique mais devait être en tuiles puisque de nombreuses tegulae et imbrex ont été retrouvées lors de la fouille. À l’intérieur, le sol est recouvert d’un dallage en calcaire blanc. Les murs sont revêtus d’enduits peints, dans un premier temps, puis de placages en calcaire blanc, dans un second temps.
La tête d’une statue en marbre blanc a été retrouvée dans le comblement du bassin. Le reste du corps, représentant celui d’une nymphe (déesse des sources), a ensuite été repéré dans des niveaux de destruction. Cette sculpture était conçue à l’origine pour être vue au sol ; elle semble avoir été amputée de ses pieds pour être installée dans la niche du temple par la suite. Sa présence identifie le bâtiment comme un nymphée, mais son système hydraulique complexe permet de l’interpréter comme un véritable sanctuaire de source organisé autour d’une résurgence d’eau.
Un sanctuaire réemployé pour le dieu Mithra
Dans la seconde moitié du IVe siècle, l’édifice est démoli en partie, puis remanié. Une cloison vient séparer physiquement les deux pièces le long du caniveau central. La salle nord est équipée d’un foyer contre le muret ouest et sert de cuisine. Les colonnes à l'est et à l’angle nord sont démantelées. Ainsi, la pièce est largement ouverte sur l’extérieure et le bassin reste toujours en eau. A contrario, la salle sud est fermée et aménagée de deux banquettes latérales en bois et d'un foyer. Le sol est recouvert d’un plancher en chêne.
Plusieurs fragments de sculptures et de bas-reliefs ont été découverts lors de la fouille qui représentent Mithra taurochtone, Aïon, Mithra Pétrogène, Dadophore et Luna. Ils renvoient tous au culte de Mithra, divinité solaire d’origine persane, devenu assez courant à la fin de l’Empire, mais adopté initialement par les soldats de l’armée romaine. Ce culte "à mystères", de type initiatique, reste mal connu car peu d’écrits en expliquent les rites. Seuls les hommes peuvent intégrer la communauté. Les cérémonies incluent des banquets et des sacrifices d’animaux (volailles en majorité)...
Un site à découvrir sur place !
Devant cette découverte exceptionnelle, le Conseil départemental des Yvelines a financé la construction d’une restitution du sanctuaire de source tel qu’il a été découvert par les archéologues. À 10 m du lieu de découverte, la reconstitution est accessible librement à partir d’un parking situé le long de la RD 983. Une visite commentée peut être proposée aux groupes sur rendez-vous (contacter le pôle Médiation du service).
Un moulage de la nymphe est également présenté (l’original est au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye).
Vicq (78)
© Seine et Yvelines Archéologie / EPI Yvelines-Hauts-de-SeineL’une des plus vastes nécropoles mérovingiennes d’Europe, fouillée entre 1976 et 1987, se situe dans une petite commune rurale des Yvelines. L’étude des 2 141 tombes qui y ont été découvertes, datées des Ve - VIIe siècles, ainsi que du mobilier qui accompagnait les défunts, se poursuit encore aujourd’hui.
Une grande revue nationale spécialisée, Archéologia, a offert l’occasion aux chercheurs du service des Yvelines de revenir sur cet exceptionnel site dans un long article richement illustré, signé Jean Soulat (Archéologia, n° 504 - nov. 2012, éd. Faton, p. 26 à 38).
Nous vous proposons ici une présentation d'une plaque-boucle très décorée.
Les Mérovingiens (Ve - VIIe siècle après J.-C.) enterraient leurs morts habillés et, le plus souvent, accompagnés de leurs objets personnels. Cependant, les matériaux organiques (tissus et objets en cuir) disparaissent rapidement, sauf conditions de conservation exceptionnelles. Les céramiques, les verreries et les éléments métalliques d’armement ou de parure sont fréquemment retrouvés.
Ces derniers sont généralement altérés par la corrosion, au point que leur forme et leur fonction peuvent devenir indiscernables, empêchant toute étude.
C’est ainsi qu’un objet ferreux informe peut passer inaperçu… à moins qu’il ne soit radiographié ! L’image radiographique permet en effet de mieux voir sa forme, de distinguer certains décors et d’évaluer son état de conservation.
Sur la radio complète de cette plaque-boucle, issue de la nécropole mérovingienne de Vicq, on peut distinguer un décor de lignes, d’étoiles et des cercles, dont certains éléments apparaissent plus nets que d’autres. Les zones plus blanches sont plus denses et peuvent laisser penser à la présence de métaux distincts (laiton, cuivre, argent…).
La couleur "rouille" de la surface de l'objet permet d’identifier le métal principal (le fer), mais celui-ci s’est transformé en produits de corrosion, au point qu’il reste très peu de fer dans l’objet. Si le noyau métallique de la plaque s’était conservé, il aurait donné une image très blanche et très nette sur le cliché.
Une restauration spectaculaire
Repérer les décors est une chose, les mettre en évidence en est une autre : le dégagement peut être assimilé à une micro-fouille archéologique, où l’on élimine progressivement la corrosion pour atteindre la surface portant le décor encore conservé, sans passer au travers.
Ce travail est effectué à l’aide de toutes petites meules fixées sur un microtour de prothésiste dentaire et sous binoculaire pour mieux suivre la progression du nettoyage. Les phases de dégagement alternent avec des consolidations à base de résine, qui permettent de redonner une cohésion au matériau fragilisé par la corrosion et par les vibrations induites.
Ainsi, lentement, des fils d’argent et de laiton apparaissent, révélant un décor damasquiné assez original.
Enfin, au terme de plusieurs jours de travail, le décor est visible sur les trois parties de la plaque-boucle (boucle, ardillon et plaque) ! Il s’agit de cercles concentriques en fil d’argent (blanc) et de laiton (jaune) et de petites étoiles en argent.
Ces damasquinures bicolores sont un style décoratif caractéristique du Ve siècle, inaugurant le tout premier Moyen Âge. L’ardillon était également orné d’un élément en verre très dégradé, de forme carré, rare pour cette époque.